Le Québec, une histoire de famille | Le premier réseau social consacré à la généalogie au Québec!

Famille de la semaine

Morin

Retour à la capsule

Chronique

 

Par Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com

Complètement oubliée, Marie Morin a été l’une des grandes pionnières de Montréal. Religieuse dédiée aux malades, femme de tête, gestionnaire compétente, elle a laissé un récit très riche sur la vie quotidienne à l’époque de la Nouvelle-France.

Deux Morin ont été des piliers du premier gouvernement de René Lévesque. Jacques-Yvan a été vice-premier ministre et ministre de l’Éducation alors que Claude, responsables des affaires intergouvernementales, a conçu la stratégie référendaire de 1980. Les deux hommes n’ont aucun lien de parenté. Normal puisqu’au moins 28 Morin auraient introduit ce patronyme au Québec. Dix se seraient installés pour de bon chez nous, dont Noël Morin qui marie Hélène Desportes à Québec en 1640.

Une vocation précoce
Parmi les 12 enfants du couple, il y a Marie (1649-1730). Alors qu’elle n’a que dix ans, elle fait la rencontre de Jeanne Mance. La cofondatrice de Montréal est accompagnée des premières sœurs hospitalières qui s’apprêtent à fonder l’Hôtel-Dieu. Marie Morin décide de les suivre, même si ses parents ne sont pas d’accord car ils craignent pour sa sécurité.

Et ils ont raison ! À l’époque, Montréal est constamment menacée par les attaques iroquoises. Ses habitants vivent donc emmurés, rongés par la peur mais convaincus de leur sainte mission. Pour des croyantes comme Marie, l’expérience est exaltante. Contre toutes attentes, elle réussit à convaincre l’évêque d’intervenir en sa faveur auprès de ses parents.

Brillante recrue, elle s’impose rapidement. Elle gère bientôt les finances de la congrégation et s’occupe des approvisionnements. En 1693, elle est la première femme d’ici à être élue supérieure de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

Si la figure de Marie Morin est restée dans les mémoires, c’est à cause d’un autre accomplissement. À partir de 1697, elle commence à écrire l’Histoire simple et véritable de sa congrégation. Son manuscrit, écrit à temps perdu, qu’elle termine en 1725, est une source exceptionnelle sur la Nouvelle-France.

Dans ce gros livre écrit en vieux français, elle raconte la vie quotidienne des colons et les jeux de coulisses des gouvernants. Même si son récit tient plus de la chronique que de la grande histoire politique, elle est probablement notre première véritable historienne. Le Jésuite Charlevoix et François-Xavier Garneau, nos deux premiers historiens importants, ne l’ont pas reconnue à sa juste valeur.

L’architecte du code civil
Un autre Morin prénommé Augustin-Norbert (1803-1865) laissera également sa trace, mais au 19e siècle. C’est à ce politicien intéressé par le développement agricole du pays que des villages des Laurentides comme Morin-Heights et Val-Morin doivent leur nom.

Fondateur du journal La Minerve, élu député en 1830, il fait rapidement partie de la garde rapprochée de Louis-Joseph Papineau. Avec son chef, il rédige les fameuses 92 Résolutions, le programme du Parti patriote rendu public en 1834. On souhaite démocratiser les institutions britanniques, donner plus de pouvoir au peuple, mettre fin aux abus d’une petite minorité qui se croit tout permis.

S’ils partagent le même programme, les patriotes ne s’entendent pas sur la stratégie à suivre. Après le rejet par Londres des 92 Résolutions deux camps se forment. Le premier organise une vraie guerre révolutionnaire qui éclate en novembre 1837. Le second croit qu’il faut calmer le jeu et négocier un compromis avec Londres. C’est à ce camp des « réformistes » que se joint Augustin-Norbert Morin.

Après avoir été président de la Chambre et ministre, il devient professeur de droit dans la toute nouvelle Université Laval, fondée en 1852. Juriste réputé, on lui demande, ainsi qu’à deux collègues, de rédiger le premier code civil du Québec.

Adopté en 1866, ce code reflète les valeurs traditionnelles de cette époque. Les femmes mariées sont considérées comme des mineures… ou des simples d’esprit ! Elles avaient formellement perdu leur droit de vote en 1849.